Quand le metteur en scène en parle :
Un jour, j'ai compris ce texte qui jusque-là, restait pour moi un souvenir d'école un peu barbant.
Dès lors, je l'ai trouvé d'une stupéfiante actualité.
La portée des idées contenues dans l'œuvre de Molière est incroyable.
La sincérité et la franchise d'Alceste se heurtant à un monde de compromissions,
sa difficulté à y vivre, la liberté de pensées de Célimène et son émancipation ne me
paressent pas moins tabous aujourd'hui qu'au temps de Molière.
J'ai choisi la sobriété pour les décors, l'intimité pour l'interprétation.
Conçue comme un cirque, la scène est au centre de la salle.
Dans cette atmosphère close, les comédiens évoluent au milieu des spectateurs, assis
sur les gradins, tout proche.
Installé de cette façon, le public reçoit les émotions avec beaucoup d'intensité. Il
se trouve dans l'appartement de Célimène, un peu comme un voyeur qui ne devrait pas se trouver là.
De leur côté, les comédiens concentrent leur jeu sur la psychologie et l'expression.
Au départ, ils ont crée leur personnage, afin de bien se glisser dans leur peau. Je
souhaitais qu'ils détachent des caricatures poudrées qu'évoquent les œuvres de Molière.
Nous avons imaginé qui pourraient être les marquis, les Célimène ou les Alceste aujourd'hui.
Et nous avons travaillé avant tout sur les émotions : ce sont celles-ci que les acteurs, placés au
milieu de "l'arène ", doivent communiquer. Les neufs comédiens ont fourni un très gros investissement.
D'autant plus que je leur ai demandé d'alléger la musique des alexandrins de Molière, à laquelle le public
d'aujourd'hui n'est plus guère habitué, et dont il risque de se lasser. Une façon de concentrer les
comédiens sur l'intensité émotionnelle, sans se laisser porter par les vers.
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La presse en parle :
Presse-Océan, édition Nantes, avril 2002, par A.G.
(…) C'est une pièce ardente, emportée qu'a présentée l'excellente Compagnie du Cyclope.
(…) Les dix acteurs ne disent pas les vers, ils les vivent ; Et les vivent si bien qu'on en pourrait même oublier,
à les regarder agir, le grand art dont a usé Molière en écrivant cette comédie satirique.
Etonnante impression d'ailleurs que ces comédiens suscitent : ils possèdent tellement le texte, dans le cadre intime
de ce salon mariant habilement scène et salle, que, le spectateur ne peut se départie de l'idée d'être vaguement un
voyeur, comme ce voisin qui aurait l'œil collé à la serrure.
Mais si un trouble naît de cet obscur sentiment d'immoralité, il n'est évidemment dû qu'à la perfection du jeu des
acteurs : Olivier Robert offrant un Alceste mû par une sensible austérité (ou austère sensibilité ?) qui magnétise ;
Laure Mounier incarnant une Célimène tout entière de jeunesse cruelle, tragique, flamboyante, elle-même théâtre dans
le théâtre…
Mais si Célimène/Laure Mounier et Alceste/Olivier Robert Brillent, on peut également le dire des seconds rôles :
Ludovic Piton met en relief, par la justesse de son interprétation, un Philinte clairvoyant sans suffisance, et
drôle sans causticité.
On retiendra également le passage d'Oronte/Régis Touray génial, tandis que les marquis, affublés de cuir et de
chaîne en or, témoignent que le grotesque peut traverser les siècles sans s'affadir.
Ainsi le Théâtre du Cyclope a-t-elle réussi son pari : son Misanthrope modernisé ne perd pas sa verve. Mieux
elle permet à chacun de se réconcilier avec le théâtre classique qui, lorsqu'il présente cette qualité, et à
consommer sans modération.
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Deux lycéens racontent, Mlle Loiret et M. Rebion, 2002.
Le 25 avril, nous avons assisté, accompagnés des 1ères A et C, à la représentation du Misanthrope de Molière,
interprétée par le Théâtre du Cyclope.
Arrivés sur place, nous sommes accueillis par Christophe Lemoulant, le metteur en scène. Celui-ci nous conduit
dans une petite pièce de la taille d'une salle de classe. A l'intérieur sont disposés deux gradins face à face, et
une rangée de chaise.
La pièce commence enfin, mais là… surprise ! Les acteurs ne portent ni capes, ni perruques, mais sont vêtus comme
dans la vie de tous les jours. Une jeune femme sort même un téléphone portable de son sac à main.
Cette "modernisation " de la pièce a deux utilités. Tout d'abord, elle prouve que les thèmes abordés dans le
"Misanthrope " (L'amour, l'amitié, la moquerie, le mensonge, l'hypocrisie et la jalousie) sont tout à fait d'actualité
au XXIème siècle. De plus l'absence de costumes d'époque influence le jeux des acteurs, bien que la pièce soit en
alexandrins. De ce fait, les contacts physiques sont très présents, et marquent bien les relations et les sentiments
des personnages entre eux. Leurs attitudes aussi diffèrent de celles des personnages du XVIIème siècle. Ainsi, il
est plus aisé de suivre l'évolution de l'histoire tout en ayant "décroché " du texte en alexandrins assez lourd par
moments.
Autre détail de la mise en scène qui est à souligner, le décor
de la pièce.
La lumière est assez faible, les murs sont entièrement noirs et en contraste avec le mobilier blanc, symbolisant un
certain conflit, peut-être celui du misanthrope et du reste de la société. On trouve, un peu partout dans le pièce,
des lampes, et au milieu de la rangée de chaises, une chaîne Hi-fi.
Ce décor nous plonge dans une atmosphère très intime. En effet, il nous donne l'illusion de nous trouver dans un
appartement.
Le fait que les acteurs jouent à quelques centimètres et prennent place parmi nous, amplifie cette impression
de faire partie du décor. Nous ne sommes alors plus spectateurs, mais presque acteurs nous aussi.
A cela s'ajoute la musique. Lorsqu'ils sont seuls, les personnages mettent parfois de la musique pour renforcer le
jeu de leurs émotions, telles que la détresse, la colère ou la haine.
Il aura fallut près de deux ans au metteur en scène pour mûrir ce spectacle, et des heures, parfois des jours,
aux acteurs pour donner cette représentation.
Nous pensions aller voir une "vieille " pièce ennuyeuse. Nous sommes repartis le sourire aux lèvres heureux d'avoir
assisté, presque participé à cette pièce d'une mise en scène à part.
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Presse-Océan, édition Nantes, 8/03/2003.
(…) Mise en scène souriante de Christophe Lemoulant et modernité affichée des personnages offrent à ce grand
classique une vraie cure de jouvence.
Alceste et Célimène, personnages modernes ? Christophe Lemoulant n'en a jamais douté. " Les mots ne sont pas les
mêmes mais rien n'a changé, confie le metteur en scène nantais. Tout comme aujourd'hui, on y retrouve les notions
d'amitié, d'hypocrisie, d'amour compliquées, de gens qui cirent les pompes mais qui sont tout en superficialité. "
(…) Forte d'une équipe de neufs comédiens et d'un technicien, la reprise du Misanthrope, pièce largement récompensée
par le succès de la précédente saison, se veut toujours aussi actuelle, empreinte d'une modernité sans concession.
(…) Quant aux alexandrins, Christophe Lemoulant a tenu à les respecter à la lettre. Pour y parvenir sans dévoyer
le texte, les comédiens ne disent pas les alexandrins, ils les vivent. Comme lors de la première présentation du
Misanthrope au théâtre du Cyclope, le public, installé en cercle autour de l'aire de jeu, sera aux première loges
pour assister à la futilité apparente des personnages, à leur hypocrisie et leurs démêlés amoureux.
Le public voyeur, en quelque sorte, introduit à l'intérieur même de l'appartement de Célimène afin de casser
la mise en scène traditionnelle, modifie les repères, et appuyer le parti pris de rajeunir le grand classique de
Molière.
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